Troubles neurovisuels : quand l'œil voit, mais que le cerveau peine à comprendre.
Un handicap invisible aux conséquences bien réelles à l'école et au quotidien
Voir n'est pas seulement une affaire d'yeux
Quand on parle de vision, on pense d'abord aux yeux, à la myopie, aux lunettes. Pourtant, voir est aussi un travail du cerveau. Les yeux captent la lumière, mais c'est le cerveau qui trie, organise et interprète les informations : reconnaître un visage, repérer un
objet dans un tiroir, suivre une ligne de texte, estimer une distance.
Lorsque ce traitement cérébral ne se fait pas correctement, on parle de troubles neurovisuels (TNV), aussi appelés troubles visuels d'origine cérébrale ou CVI (cerebral visual impairment). La personne concernée peut avoir des yeux en bonne santé, voire une bonne acuité visuelle au test classique, et rencontrer malgré tout de grandes diKicultés
au quotidien.
Les troubles neurovisuels en bref
Pour comprendre, on peut distinguer deux étapes :
1. L'œil capte l'image (acuité, champ visuel),
2. Le cerveau l'analyse : il repère, trie, reconnaît et donne du sens.
Dans les TNV, c'est cette seconde étape qui est perturbée. La personne « voit », mais utilise difficilement ce qu'il voit.
Selon les personnes, les TNV peuvent toucher plusieurs fonctions :
Les mouvements des yeux : diKiculté à suivre une cible, à passer d'un point à un autre, à explorer une page de façon organisée.
L'attention visuelle : difficulté à repérer l'essentiel dans un environnement chargé ou à maintenir son attention sur une tâche visuelle.
L'analyse visuo-spatiale : difficulté à se repérer dans l'espace, à percevoir les distances, les positions, l'orientation.
La reconnaissance visuelle : difficulté à identifier des objets, des images, des lettres ou des visages.
La perception du mouvement et du champ visuel, parfois altérée.
--> Ces troubles varient beaucoup d'une personne à l'autre, ce qui les rend difficiles à repérer.
Quelles en sont les causes ?
Les TNV sont le plus souvent liés à une atteinte cérébrale survenue avant, pendant ou après la naissance :
- La prématurité et ses complications,
- La sou8rance périnatale (manque d'oxygène à la naissance),
- Les atteintes acquises : traumatisme crânien, AVC, méningite, encéphalite, tumeur cérébrale,
- L'épilepsie et certaines maladies neurologiques ou génétiques,
- Certains troubles du neurodéveloppement (dyspraxie, TDAH, troubles des apprentissages), avec lesquels des difficultés visuelles peuvent coexister.
--> Dans certains cas, aucune cause précise n'est retrouvée.
Un trouble méconnu, difficile à repérer
Les TNV sont considérés comme l'une des principales causes de déficience visuelle chez l'enfant dans les pays développés, mais ils restent largement sousdiagnostiqués. Plusieurs raisons expliquent ce retard :
- Les examens ophtalmologiques classiques sont souvent normaux,
- L'enfant ne se plaint pas, car il n'a jamais connu d'autre façon de voir et pense que « tout le monde fait comme ça »,
- Les manifestations sont très variables,
- Les signes sont facilement attribués à autre chose : inattention, maladresse, lenteur, manque de motivation.
--> Résultat : un diagnostic tardif, et un risque de perte de confiance en soi. Le repérage repose donc beaucoup sur l'observation attentive des parents, des enseignants et des professionnels qui entourent l'enfant.
Les signes d'alerte
Aucun signe pris isolément ne suKit à poser un diagnostic. C'est leur
accumulation et leur persistance, surtout en présence d'un terrain à risque (prématurité, lésion cérébrale, épilepsie), qui doivent amener à consulter.
- Dans le comportement visuel :
L'enfant semble « regarder sans voir » ou ne regarde pas toujours ce qu'on lui montre.
Il est gêné par les environnements chargés, bruyants ou très lumineux.
Il regarde souvent de côté, incline la tête ou ferme un œil.
Il reconnaît mieux un objet quand il est seul, immobile et sur fond uni.
- Dans la lecture et les apprentissages :
Il perd sa ligne, saute des mots, relit plusieurs fois la même ligne.
Il peine à copier au tableau ou à retrouver une information dans une page dense.
Il rencontre des difficultés en géométrie, en lecture de cartes, de tableaux ou de schémas.
Il est très vite fatigué par les tâches visuelles.
- Dans la motricité et l'espace :
Il se cogne, tombe, renverse souvent des objets.
Il hésite dans les escaliers ou sur les sols aux motifs contrastés.
Il évalue mal les distances et se perd facilement, même dans des lieux familiers.
Il évite les jeux de balle, les puzzles, les jeux de construction ou le dessin.
- Dans la reconnaissance :
Il a du mal à reconnaître des visages, même familiers, hors de leur contexte habituel.
Il confond des objets ou des images qui se ressemblent.
Il se repère mieux grâce à la voix, à la démarche ou aux vêtements qu'au visage.
- Dans l'état général et le comportement :
Il se plaint de maux de tête, de fatigue ou de yeux qui piquent après un effort visuel.
Il devient irritable, agité ou en retrait lorsque la tâche visuelle dure.
Il montre de l'anxiété ou une baisse de confiance en lui face à l'école.











